BIOGRAPHIE

Edith Ibert
par Iléana Cornéa

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Edith Ibert interroge dans sa peinture l'organique, le végétal, le minéral. Mais l'interrogation en peinture est une expérience. Expérimenter la matière c'est palper, toucher, sentir, mettre en forme.
Et la forme dans cette œuvre ne s'embarrasse pas de contours. Elle vient de l'intérieur de la matière et de la mémoire.

Edith Ibert peint pour elle-même, pour se retrouver.

Elle pose la matière sur la toile avec délicatesse. Sa touche reçoit de sa part une attention presque mystique…A l'acte de peindre correspond forcément un sens.

La conversion du geste ordinaire en geste pictural par le travail réfléchi, ressenti, utile.

La pertinence du geste. Mais aussi et surtout sa portée.

Elle peint pour saisir comment la matière pigmentée, appréhendée, saisie, scrutée et organisée de sa main ouvre la voie aux questionnements de l'esprit.

C'est une voie autre que celle de la parole ou bien du son puisqu'elle est sentie, elle est tangible. Peindre est un geste physique, expérimental, technique pétrissant une transcendance. Quand l'apôtre Thomas incrédule et curieux pose son doigt sur la plaie ouverte du Christ pour atteindre la spiritualité, il recourt à un étrange procédé.

En vue d'un but similaire, Edith Ibert aussi s’essaye aux techniques. Elle a commencé par peindre sur de la soie. Puis elle apprend la technique de la fresque, celle au couteau. Elle travaille les pigments. Quand la technique devient conscience d'elle-même, elle cesse d'être bête…Elle promet ! Le miracle de la peinture tient à cet empirisme là. Elle se nourrit d'elle-même dès qu'elle s'accorde aux exigences en mouvement de l'esprit. Edith Ibert en est profondément convaincue.

Regardons son « Capucin ». Cette toile de 92 cm x 60 cm. Que représente-t-elle au juste ?

Un végétal, un drapé ?

Travaillée au couteau mais sans la moindre agressivité dans le rendu, puis accompagnée de son titre très déconcertant, elle excite notre curiosité.

L'image tout en longueur est lacérée sur les bords comme pour se détacher du bout des doigts. Elle évoque la forme du maïs, la fragilité d'une feuille de chou ou celle d'un artichaut. Ou bien un voile qui en cache un autre ou encore l'habit d'un novice que Saint-François d'Assise décrit dans la Regula secunda 1,2,6 : (…) Tunique sans capuce, corde, les braies et un chaperon descendant jusqu'à la ceinture. Une intrigue s'y noue, la peinture est aussi cela.

Dans « Cicatrice », Edith Ibert mélange l'acrylique et le plâtre comme pour soigner une blessure. Elle s'en occupe sensuellement avec le rose qui rappelle le pétale de la rose. Avec du vert pastel doux et léger, et avec le marron, couleur de l'écorce égratignée des arbres. Couleurs, correspondances, sens.

Dans « Acanthes », une œuvre sur bois, elle réinterprète librement les feuilles des enluminures qu'elle a découvertes dans des livres, mélangeant leurs formes déchiquetées à celles qui rappellent le givre ornant les vitres d'un train qui traverse en hiver la campagne de la Russie glaciale… Ses nombreux voyages et les images qu' offrent les différents coins du monde dans sa peinture, elle les retrouve.

Avec sa voie claire et confiante elle dit: "Vous ne le savez peut- être pas… Je suis autodidacte. Quand je peins, je suis heureuse"!

Ileana Cornea Paris octobre 2005